Les manifestes rosicruciens

De manière générale, les manifestes rosicruciens, publiés entre 1614 et 1616, participent de l’hermétisme, du paracelsisme, de la cabale, de l’alchimie, et de la mystique chrétienne. Dans cet ordre d’idées, la Rose-Croix s’affirme comme une expression de la Tradition Primordiale et comme une manifestation privilégiée de la Philosophia Perennis, cette sagesse traditionnelle aussi vieille que l’humanité. Elle incarne aussi une véritable renaissance, une refondation de l’ésotérisme occidental, qui fait suite à la disparition de l’Ordre du Temple, et à la découverte du Corpus Hermeticum, cet ensemble de textes attribués à Hermès Trismégiste et issus de l’ésotérisme gréco-égyptien.
Les Rose-Croix du 17ème siècle ont dénoncé avec force et vigueur les inégalités sociales, les faiblesses de la religion, de la morale, de la politique, de la science, de la philosophie et de l’éducation, tout en insistant sur la nécessité d’une véritable régénération individuelle et collective. Dans cette perspective, les manifestes rosicruciens apparaissent comme un essai de réponse aux graves problèmes de l’époque.
La Fama Fraternitatis s’adresse aux dirigeants politiques et religieux, tout comme aux érudits et aux scientifiques. Après avoir fait un constat critique de l’état de la société, elle décrit de façon allégorique la fondation de l’Ordre de la Rose-Croix, à travers le mythe de Christian Rosenkreutz. Grâce à elle, le lecteur est renseigné sur les nobles origines de CRC, sur son périple initiatique en Orient, où il a été initié à la connaissance des mystères, et sur son projet de réforme universelle. Le récit symbolique se termine avec la découverte de son tombeau où se trouvent de fabuleuses connaissances.
La Fama manifeste l’optimisme et le bonheur de vivre. Elle exalte la grandeur de l’homme-microcosme dont elle fait un citoyen du ciel. En cela, elle s’inscrit dans la tradition ésotérique de la Renaissance, et s’inspire directement de Paracelse, le célèbre médecin-philosophe. Selon ce dernier, il n’existe point de différence entre le saint et le sage, si ce n’est que le premier agit directement par Dieu, alors que le second passe par l’intermédiaire de la nature. Le bonheur, précise t’il, consiste à préserver l’ordre universel selon la sagesse de la nature; vouloir s’y opposer, détruire cet ordre, c’est favoriser le mal qui est par nature un désordre, une dysharmonie, tant au niveau de la maladie que des fautes morales.
La Confessio Fraternitatis est annoncée et se présente comme un complément et une explication de la Fama Fraternitatis. Elle souligne la nécessité de la régénération de l’homme et de la société pour résoudre les graves problèmes qui se posent à l’humanité. Problèmes dont la solution se trouve dans la science totale que détiennent les Rose-Croix. En conséquence, la Confessio aborde la nature de la philosophie rosicrucienne, seule capable, selon elle, de réaliser la Réforme universelle. Dans cet ordre d’idées, le Manifeste évoque la possibilité de lire dans le Liber M et d’y découvrir l’ensemble du savoir humain actuel et à venir.
Autant la Fama est marquée par une confiance absolue dans l’homme, autant la Confessio vibre d’esprit prophétique et millénariste. On retrouve ici l’influence de Simon Studion, l’auteur de la Naométria, et de Joachim de Flore. Avec ces deux premiers manifestes, les Rose-Croix apparurent à beaucoup d’esprits de l’époque comme des êtres exceptionnels, envoyés dans le monde pour y établir de nouvelles structures politiques, sociales et morales. Ainsi, la Fraternité mettait-elle à la disposition de l’humanité, pour la libérer de ses maux, des dons tels que la maîtrise du temps et de l’espace, l’omniscience, la jeunesse et la santé, le pouvoir de guérison, et la capacité de se rendre invisible. Tout ceci contribua largement à la diffusion des premiers écrits rosicruciens.
Les Noces chymiques de Christian Rosenkreutz sont davantage un récit initiatique qu’un traité d’alchimie. Elles racontent les noces d’un roi et d’une reine auxquelles est convié Christian Rosenkreutz. Il s’agit bien évidemment de noces spirituelles, celles entre l’âme et la Divinité. Autrement dit, ce roman symbolique et merveilleux a pour thème principal la quête de l’Illumination. Il se déroule sur 7 jours, et relate des événements qui ont lieu en 1459, alors que Christian Rosenkreutz est âgé de 81 ans, chiffre hautement symbolique. Après avoir passé bien des épreuves, et avoir participé à sa propre transmutation et régénération, ce dernier deviendra finalement « Chevalier de la Pierre d’Or ». Cela étant, les Noces chymiques comprennent en exergue, sur la page de titre, un avertissement apte à décourager le profane et le simple curieux, à savoir : « Les arcanes, lorsqu’ils sont divulgués, s’avilissent ; et profanés, ils laissent échapper la grâce. Ergo : ne jette pas les perles aux pourceaux, ou encore : ne fais pas à l’âne un lit de roses ».
On décèle dans le troisième manifeste l’influence d’Heinrich Kunrath, l’auteur de « L’amphithéâtre de la Sagesse Eternelle », de John Dee avec sa fameuse « Monade Hiéroglyphique » et naturellement celle du Corpus Hermeticum. Cependant l’auteur, Johann Valentin Andreae, s’il connaît bien l’hermétisme, s’amuse à dérouter le lecteur afin de susciter un choc, de créer une réflexion et de l’amener à sa propre révélation. Pour cela il n’hésite pas à recourir à la comédie, à l’allégorie, au songe, mais aussi à l’emblématique, à l’héraldique tout comme à la cryptographie et à l’énigme à résoudre. Tout en magnifiant l’alchimie spirituelle qui est à l’origine de la régénération mystique, il se moque des souffleurs, des faux alchimistes en quête de pouvoir et d’or matériel.
L’interprétation des noces chymiques a beaucoup varié au cours des siècles. Certains verront notamment dans les 7 journées, les 7 étapes fondamentales du Grand Œuvre. En fait, le 3ème Manifeste en tant que roman est tout à la fois une allégorie des processus alchimiques, et une description symbolique du mariage mystique de l’âme, de l’union avec la Divinité. Pour le comprendre, il faut connaître le rapport étroit entre l’alchimie et la spiritualité. En effet, comme l’a montré Carl Jung, dès le Moyen Age le Christ est assimilé à la Pierre Philosophale, car tous deux participent du Mystère de la Régénération.
Les manifestes, et en particulier la Fama et les Noces chymiques, sont des œuvres ésotériques et symboliques dont l’intellect est incapable de saisir toutes les subtilités. Il n’est donc pas étonnant que le profane soit dérouté par la figure de Christian Rosenkreutz, qui est l’archétype du Maître Rose-Croix.

article Facebook de jp Deterville – jeudi 8 juillet 2010, à 14:19

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Un commentaire pour Les manifestes rosicruciens

  1. Andy Monaco dit :

    J’ai trouvé votre blog sur l’ésotérisme par hasard, et j’ai voulu vous laisser une note tellement je suis impressionné par la qualité des renseignements que vous avez postés ici. Continuez ce grand travail, vous fournissez une grande ressource pour Internet! Je vais sans aucun doute vous marquer.

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