Spiritualité et arts martiaux

Il peut sembler paradoxal, à première vue, que des mystiques qui cherchent à instaurer la paix et la tolérance dans un monde qui en a bien besoin, pratique un sport de combat d’où ne sont pas exclues, au premier abord, l’agressivité et la violence. Cependant, se limiter à un tel point serait occulter délibérément la véritable raison d’être d’un art martial, ou en ignorer la nature intrinsèque.
Certains spécialistes racontent qu’un moine indien Bodhidharma aurait enseigné l’art de se défendre aux moines bouddhistes de Shaolin (Chine), donnant naissance aux nombreuses écoles de Kung Fu (Wu Shu), elles-mêmes à l’origine du Karaté ; mais cela reste probablement une légende. Il est vraisemblable que les techniques se sont développées sur toute la surface de la terre, selon les peuples et les cultures.
Le Japon et la Chine permettent de mieux comprendre la philosophie sous-jacente aux différentes écoles de combat, sachant qu’en Occident, le futur chevalier était initié notamment à la voie de l’épée et à la lutte.
En Chine, il existe différentes écoles de Kung Fu divisées en style externe et interne. Un des écoles interne les plus célèbres est celle du Tai Chi Chuan semblable à une lente et curieuse gymnastique, constitue en réalité une véritable méditation en mouvement, tout comme une pratique d’une grande efficacité sur le plan martial.
Les arts martiaux japonais ont développé ou adapté différentes techniques spécifiques. Le kendo, par exemple, est la voie du sabre ; le judo est basé sur les projections et les immobilisations ; le karaté sur les coups frappés ; l’aikido sur les projections et les contrôles. Ce sont les branches principales d’un arbre qui regroupe les différentes formes de combat.
A l’origine, le Samouraï devait essayer de dominer le plus grand nombre possible de techniques et devenir un expert pour espérer survivre au combat. Cependant, il devint rapidement conscient que s’il dominait son corps physique, il lui était difficile de maîtriser ses émotions et d’ignorer totalement la peur. Certains pratiquants se tournèrent alors vers la spiritualité, et à force de volonté et de travail sur soi, arrivèrent à la maîtrise. Ceci est un exemple du cheminement qui permet à l’adepte de prendre conscience de sa nature profonde après de longues années de travail, et de comprendre que l’essence de l’art martial est l’Amour universel. Il va de soi que pour y réussir il faut se vaincre soi-même, et faire preuve de beaucoup de courage et de persévérance.
Ainsi, la technique de combat se transforma-t-elle en un véritable art martial, au contact de la spiritualité et du mysticisme. En Occident, nous retrouvons le même processus avec la rencontre du guerrier et de la religion, puis de la chevalerie et de l’ésotérisme. Ainsi, au Japon, le jutsu ou technique cède alors la place au do ou voie, et l’on assiste à la naissance du Budo ou voie du guerrier, regroupant tous les arts martiaux. Le fondateur de l’Aikido, Moreihi Ueshiba, a créé cet art martial, particulièrement non-violent, après avoir vécu une illumination semblable à celle que connurent de nombreux Maîtres spirituels en Occident. Comme eux, il vit une vapeur d’or sourdre du sol et l’entourer alors qu’il se promenait dans son jardin ; il se sentit alors transmuté et comprit le chant des oiseaux. C’est alors qu’il créa la voie de l’union par la communion des esprits ou Aikido, véritable expression de la non violence active. Cet exemple d’un homme, qui après avoir maîtrisé toutes les techniques pour tuer et détruire un ennemi potentiel, connut l’illumination et l’expérience de l’amour universel ne peut que nous faire réfléchir.
Si les arts martiaux d’Extrême-Orient (Japon, Chine, Corée) se sont, depuis longtemps fait connaître et sont même très populaires en Occident, tel n’est pas le cas des diverses formes de combat, de maniement d’armes ou de lutte qui se sont développées en Inde depuis des siècles ou des millénaires. Parmi ces arts nous trouvons notamment le Varma Kalai (l’art des points vitaux), le Silambam (baton long) et le Kalaripayatt.
Le Kalaripayatt est sûrement une des plus vieilles pratiques martiales existant à notre époque. Cet art puise son origine dans l’art de la guerre antique de l’Inde (Dhanurveda) et la médecine traditionnelle indienne (Ayurveda). Au Kérala (Sud-Ouest de l’Inde), les maîtres du Kalaripayatt conservent un statut privilégié, en tant que dépositaires de secrets ancestraux empreints de tradition et de mysticisme, et vivent souvent de la pratique de la médecine ayurvédique et de massages traditionnels. Aujourd’hui, cet art ancestral et guerrier du Kérala plus qu’une méthode d’auto-défense, est devenu une école de contrôle de soi et d’accomplissement personnel. Les exercices pratiqués aident à rendre le corps plus souple, tonifier les muscles et développer l’énergie interne afin de rendre l’esprit plus fort. Cela implique une hygiène de vie, un engagement du corps et de l’esprit. Le Kalaripayatt partage de nombreux principes avec la médecine ayur-védique, mais aussi avec le yoga. La pratique a pour but, à partir de la forme externe, de découvrir la face interne de cette discipline et de développer notre énergie subtile et profonde, autrement dit de vivre la spiritualité.
Notons que dans la plupart des arts martiaux orientaux, on trouve le rituel, le respect pour la tradition, la relation maître-disciple. La préparation physique et énergétique (respiration, exercices énergétiques), tout comme l’application de postures inspirées par le monde animal manifestent une profonde connaissance du Livre de la Nature.
A l’instar du pratiquant d’un art martial, le mystique doit développer des qualités comme le courage, la patience, la persévérance, la sincérité, la simplicité, la générosité, et la bienveillance. Il est vrai que tout ce qui monte converge. Par ailleurs, seule la volonté de se parfaire peut permettre à l’aspirant de trouver la lumière de la Sagesse. De ce point de vue, il n’est pas nécessaire de pratiquer un art martial pour vaincre la peur et acquérir la force intérieure. La connaissance traditionnelle, mais surtout la pratique de la méditation et des exercices spirituels, permettent d’obtenir les mêmes résultats que l’adepte d’un art martial, en termes de maîtrise de soi.
Si un disciple pratique l’art de la guerre dans sa quête de vérité, c’est parce que le c’est le seul moyen d’accéder à la Paix Profonde et de gagner la bataille intérieure, la véritable guerre sainte, en triomphant de notre nature inférieure. Pour être non violents, nous devons être forts et ne plus connaître la peur. Pour cela, nous devons fuir la facilité, et chercher constamment à nous réformer et nous améliorer.
La voie initiatique, de ce point de vue, est bien une voie martiale, ce qui explique les nombreuses similitudes et analogies entre le combat du Samouraï et celui du Chevalier Rose-Croix. En conclusion, nous devons devenir le chevalier de notre Roi intérieur.

Facebook | Jean-Philippe Deterville : Les arts martiaux.

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