[France Corruption] Radar : clémence suspecte pour un ami de Xavier Bertrand | Rue89

Suite de notre série sur Saint-Quentin (Aisne), ses notables et ses médias. Après la nomination d’un vieil ami de Xavier Bertrand à la rédaction en chef de L’Aisne Nouvelle et la crucifixion télévisée d’un journaliste du Courrier Picard par le secrétaire général de l’UMP, voici l’histoire d’un VIP en excès de vitesse miraculeusement épargné par la maréchaussée et par une partie de la presse locale.

C’est le Courrier Picard qui contait lundi l’épisode, avec un titre sans nuance aucune : « Pascal Cordier, un VIP, échappe au contrôle ». Ledit contrôle se tenait samedi à l’entrée d’une petite commune proche de Saint-Quentin, en présence d’autorités locales soucieuses de communiquer sur la lutte menée contre les chauffards, 31 personnes s’étant tuées en 2010 sur les routes de l’Aisne, dont quatre la semaine précédente.

La presse est donc conviée, en présence du sous-préfet et du commandant de la compagnie de gendarmerie. Trois journaux sont représentés : un journaliste du Courrier Picard, qui fut une coopérative ouvrière jusqu’en 2009 avant d’être rachetée par le groupe belge Rossel ; un autre de l’Aisne Nouvelle, qui appartient au groupe Hersant ; et un correspondant local (et maire d’un village) d’un titre du même groupe, L’Union.

« Il savait qu’on était là. C’est de la provocation »

Voici comment le journaliste du Courrier Picard raconte la scène :

« […]“La Mercedes là, vite, vite elle est à 80 km/h au panneau”, lance le gendarme vissé à ses jumelles. Un de ses collègues s’empresse de traverser la route pour interpeller cet automobiliste. La voiture s’arrête.

Pascal Cordier, patron de Sports événements, président du boxing club et organisateur du meeting aérien, en sort.

“Ah, c’est de la provocation, il savait qu’on était là. C’est de la provocation”, lance, gêné, le commandant de la compagnie de Saint-Quentin.

Le sous-préfet, la mine crispée, va saluer cette figure locale prise en plein flagrant délit d’excès de vitesse, 30 km/h au dessus de la vitesse autorisée.

“Non, tu peux reprendre”, glisse en même temps le commandant Houdain au militaire chargé des jumelles.

Traduction : tu peux continuer à surveiller la route. C’est une fausse alerte.

Pascal Cordier ne sera pas verbalisé. Juste un petit contrôle des papiers pour celui qui vient tout juste de se voir accorder la non-inscription d’une condamnation pour conduite en état alcoolique sur son casier judiciaire.

“Quand j’ai vu la voiture arriver, j’étais sûr que c’était lui”, insiste le commandant de la compagnie de Saint-Quentin. […] »

L’Aisne Nouvelle n’a pas relaté l’incident, qui a fait quelques lignes dans L’Union. Toute la rédaction en chef de L’Aisne Nouvelle étant en vacances, dont Erick Leskiw, « ami de vingt ans de Xavier Bertrand », impossible de savoir pourquoi.

Le radar était mal positionné

Peut-être parce que Pascal Cordier est un annonceur du journal -qui publiera vendredi une grande pub pour son prochain meeting aérien ?

Sur le site du Courrier Picard et sur la page Facebook du journal, les commentaires expliquent la clémence de la gendarmerie par la qualité de notable de Pascal Cordier, et par sa proximité avec Xavier Bertrand, en rappelant que « l’abolition des privilèges » a eu lieu en 1789.

Mercredi, le journal a publié un nouvel article livrant les explications de la préfecture sur la non-verbalisation : le radar étant mal positionné, « la prise de vitesse était altérée ». Mais le Courrier maintient que l’appareil n’a pas été déplacé après l’incident.

Interrogé par Rue89, Pascal Cordier assure que le cinémomètre a en fait été retourné de manière à attraper les automobilistes venant de l’intérieur de la petite agglomération. L’homme d’affaires dément être membre de l’UMP, comme le prétendent des sources locales, et dit avoir « plus d’amis de gauche que de droite ».

Et s’il est un ami de Xavier Bertrand (« Je le connais parce que je suis aussi né à Saint-Quentin »), le fait que ce dernier soit adjoint au maire en charge de l’animation et du développement alors que lui organise des événéments ne les rapproche en rien :

« Je ne fais pas la braderie, le marché au boudin ou la plage, événements dont s’occupe Xavier Bertrand. Et quand j’ai fait venir la patrouille de France à Saint-Quentin le 14 juillet, ça n’a rien à voir avec lui. »

Pas cette année, donc. Mais en 2008, le même Pascal Cordier déclarait avoir « sollicité l’appui de Xavier Bertrand pour obtenir le must avec la Patrouille de France » à un de ses meetings aériens.

« Je milite dans des cercles philosophiques »

« Xavier Bertrand n’a rien à voir avec cette histoire de contrôle », ajoute Pascal Cordier. En protestant de sa bonne foi, l’homme d’affaires imagine que « si les gendarmes avaient voulu arranger le coup, ils m’auraient mis un PV et m’auraient dit de passer après. Ils ont déjà accordé des indulgences dans divers cas. Mais là, chacun a fait son travail. »

« Je ne demande pas d’indulgence particulière », poursuit Pascal Cordier en évoquant sa condamnation de 2007. Pendant notre conversation d’une demi-heure, il justifie aussi son attachement à la sécurité routière par son histoire familiale :

« Moi, j’ai trois frères qui sont morts jeunes dans des accidents de la route. Vous croyez que Pascal Cordier n’est pas sensible à cela ? »

D’un coup, à brûle-pourpoint, Pascal Cordier prononce des mots qui sonnent curieusement quand on sait que Xavier Bertrand est l’un des seuls responsables politiques nationaux à avoir rendu publique son appartenance à la franc-maçonnerie :

« Je milite dans des cercles philosophiques qui travaillent à rechercher la justice et la vérité.

– Quel genre de cercles ? Pouvez-vous être plus précis ?

– Hé bien, les associations, les associations sportives, le club de boxe… »

Pascal Cordier explique cette histoire par « l’acharnement d’un journaliste du Courrier Picard » contre lui, et le fait que Xavier Bertrand s’y trouve mêlé -par des internautes, pas par le journal- en raison d’une « plaie ouverte » depuis que le patron de l’UMP a violemment mouché un autre journaliste sur Public Sénat.

L’homme d’affaires annonce son intention de porter plainte contre Le Courrier Picard, car sa « famille peut souffrir » de cet « acharnement ».

Illustration : capture d’écran de l’article du Courrier Picard.

Radar : clémence suspecte pour un ami de Xavier Bertrand | Rue89.

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