[Thaïlande – Dictature] Cours d’histoire pour Abhisit par Robert Amsterdam

Depuis son arrivée au pouvoir en 2008, le premier ministre Abhisit Vejjajiva a montré à maintes reprises sa détermination à éviter des élections à tout prix. Une centaine de vies ont été perdues à Bangkok en avril et en mai, uniquement pour que Abhisit puisse passer plus de temps à occuper un poste qu’il n’aurait jamais pu obtenir sans l’aide de l’armée, de la magistrature, et de l’Alliance du Peuple pour la Démocratie.
Maintenant que de nombreuses organisations non gouvernementales et les médias indépendants ont fait appel à Abhisit pour qu’il montre son attachement à la « réconciliation » par la mise en place d’une élection qui permettrait aux gens d’exprimer leur propre jugement sur les événements récents, une nouvelle excuse a été ajouté au lexique du premier ministre. « Le gouvernement n’organisera une élection générale que lorsque le pays aura la paix et l’ordre », a réitéré Abhisit tout récemment.
Dans n’importe quel pays démocratique, le fait qu’une bonne partie des citoyens du pays haïsse profondément le gouvernement n’est pas une bonne excuse pour leur refuser un vote ni pour exonérer le gouvernement à rendre des comptes. La paix n’a jamais été une condition préalable à la démocratie, en fait c’est la démocratie qui est souvent une condition préalable à la paix. L’argument du gouvernement est d’autant plus absurde si nous considérons que la raison pour laquelle la Thaïlande n’a pas de « paix et d’ordre » est que Abhisit continue d’occuper son poste illégalement et a déclenché une répression qui est sans précédent pour un gouvernement civil. Qui plus est, le gouvernement a sans doute donné un coup de main dans la vague d’attentats responsable du climat actuel de peur. Même si nous interprétons les mots prononcés par Abhisit comme se référant exclusivement aux circonstances « uniques » de la Thaïlande, cette notion de condescendance comme quoi ce pays est uniquement capable de tenir une élection dans des conditions de paix et de tranquillité va à l’encontre de son histoire.
Abhisit n’ayant pas étudié cela à Eton et à Oxford, il peut être utile de lui rappeler que la Thaïlande a tenu ses premières élections en octobre-novembre 1933, à un moment où le nouveau gouvernement luttait contre une violente rébellion conduite par le prince Bowaradej. À l’époque, les élections n’avaient pas lieu à une date unique, car le système qui avait été adoptée consistait en une méthode indirecte de vote – les électeurs élisaient les représentants des tambon (sous-district), qui à leur tour, se réunissaient pour élire les représentants des changwat (provinces) à l’Assemblée nationale. En conséquence, les dates des élections étaient échelonnées sur une période de deux mois qui se sont chevauchés avec une violente rébellion soutenue activement par les échelons supérieurs de l’ancien régime de Thaïlande – dont des parlementaires et des fonctionnaires de l’Etat.
Bien que finalement défait, les rebelles de Bowaradej avaient poussé le gouvernement au bord de l’effondrement. À un moment donné, à la mi-octobre, ils avaient occupé l’aéroport de Don Muang à Bangkok et menacés directement la capitale. C’est seulement grâce à l’utilisation de l’artillerie lourde que les forces de gouvernement dirigé par le colonel Luang Phibulsongkram avaient battu les rebelles dans les faubourgs de Bangkok, puis anéanti le reste des forces qui avaient réussi à battre en retraite vers leur fief de Nakorn Rachasima. Ces semaines d’intenses combats avaient causé des centaines de morts, tandis que le roi Prajadhipok s’était réfugié à Songkhla dans le sud du pays.
Bien que le gouvernement de l’époque, dirigé par le colonel Phraya Pahol, soit profondément ébranlée par la rébellion de Boworadej, il n’a pas utilisé l’insurrection comme excuse pour retarder les élections. Même si la participation a été faible, les élections ont eu lieu sans incident ni interruption, malgré une situation de guerre civile. Au cours des huit décennies qui ont suivi, la Thaïlande a régulièrement organisé des élections dans des circonstances de bouleversements et de division profonde. Dans tous les cas, les électeurs se sont montrés plus mature et plus engagés dans la démocratie que leurs propres dirigeants.
Pour qu’il arrête de continuer à s’embarrasser avec ce non-sens anachronique, Abhisit devrait bénéficier d’un cours intensif de rattrapage d’histoire thaïlandaise. S’il faisait cela, il pourrait aussi découvrir que les élections sont démocratiques, non en dépit de l’opposition active au gouvernement, mais grâce à cela.
La Constitution thaïlandaise de 2007 prévoit que des élections soient organisée au moins tous les quatre ans. Abhisit va-t-il suspendre la constitution et priver le peuple thaïlandais de son droit de vote, si la situation n’est pas jugée assez paisible dans quinze mois? Est-ce le jeu de l’établissement – Créer assez d’instabilité pour faire qu’une élection générale semble « impossible »?
Traduit de http://robertamsterdam.com/thailand/?p=325

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