[France – Politique] sociologues Pinçon-Charlot : « Les valeurs de Dominique Strauss-Kahn ne sont pas éloignées de celles de Nicolas Sarkozy »

Eric : Pensez-vous que M. Woerth est sincère lorsqu’il nie toute collusion ? Pensez-vous qu’il puisse ne pas avoir conscience que l’ensemble de sa vie (trésorier de l’UMP et ministre du budget ainsi qu’une femme employée par un donateur de son parti, à qui il offre la Légion d’honneur…) est un « réseautage » permanent avec les plus riches ?

Monique Pinçon-Charlot : Eric Woerth a à la fois conscience et pas conscience de ces conflits d’intérêts, parce que dans la classe dominante, la collusion entre le pouvoir et l’argent est une collusion de fait. Les hommes d’affaires, les financiers et les politiques se retrouvent quotidiennement dans les mêmes cercles, dans les premières d’opéra, sur le golf, ou dans les dîners et cocktails.

TheArtofYello : Que nous révèle l’affaire Woerth-Bettencourt de la société française ? Qu’est-ce qu’elle nous apprend sur nous-mêmes ? Qu’il faut que les liens entre l’argent et la politique soient particulièrement visibles pour qu’ils deviennent intolérables ? Que nous les avons intégrés ?

Michel Pinçon : Cette collusion est spécifique quand même à certains milieux placés en haut de l’échelle sociale. Il est vrai que la valorisation de la réussite et de l’enrichissement diffuse ce désir de richesse dans les catégories moins élevées. C’est par exemple l’une des postures du président de la République que de vouloir banaliser et légitimer la recherche de la fortune.

Mais cette collusion argent-politique ne concerne pas les catégories populaires, qui, de toute façon, restent à l’écart de l’enrichissement, qui est réservé aux personnes qui ont fait des études prolongées, par exemple, et entrent dans le monde des entreprises et de la finance.

Vincent : Comment expliquer la tolérance de l’opinion publique à l’égard de l’affaire Woerth-Bettencourt et plus largement aux scandales politico-financiers ? Retrouve-t-on également ce comportement chez nos voisins européens ?

Michel Pinçon : Cette tolérance peut être plus apparente que réelle. Ces scandales conduisent à des démarches juridiques, des mises en examen, jusqu’à des procès. Cette tolérance n’est que le résultat de la non-compétence du citoyen ordinaire pour exprimer, auprès des tribunaux par exemple, son refus. Cela dit, les enquêtes d’opinion tendent à montrer une nette exaspération, qui se traduit par une perte de confiance dans le pouvoir actuel.

CamilleM : Pourquoi nécessairement ramener la figure de Nicolas Sarkozy à un concept de classe ? Qu’il soit le produit d’une oligarchie certes, mais pour ce qui est de ses objectifs et de son appartenance consciente, je le crois surtout au service de lui-même. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait beaucoup de solidarité là-dedans, fût-ce au sein d’une oligarchie. N’est-ce pas justement cela la fameuse « rupture » ? Chacun pour soi…

Monique Pinçon-Charlot : Nicolas Sarkozy, tel que nous l’avons appréhendé comme président des riches dans notre dernier ouvrage, est un personnage qui a construit toute sa vie et sa carrière politique à Neuilly et dans les Hauts-de-Seine, et qui est, selon nous, au service des plus riches de notre pays.

En cela, il satisfait à la fois les patrons du CAC 40, les financiers, les hommes d’affaires et autres dirigeants de société et son propre narcissisme, son propre ego, sa propre personnalité, qui a été construite dans la revanche, dans la concurrence : vouloir être le premier après avoir été, pendant toute une enfance et une adolescence à Neuilly, plutôt le second.

Step : Ne croyez-vous pas que l’électorat catholique va fuir ce gouvernement fasciné par l’argent ?

Monique Pinçon-Charlot : L’électorat catholique est touché et particulièrement concerné compte tenu des valeurs portées par le christianisme par la décomplexion que Nicolas Sarkozy a introduite au sommet de l’Etat vis-à-vis de l’argent, des consommations ostentatoires et de la visibilité du fonctionnement des rouages du pouvoir.

Mais tout individu qui occupe une position au sommet de la société se reconnaît dans la violence avec laquelle Nicolas Sarkozy essaie de faire passer la France dans un stade avancé du système capitaliste, et les positions religieuses, le fait d’être un homme ou une femme, le fait d’être vieux ou jeune deviennent des variables secondaires par rapport à la variable principale : la place au sommet de la société dans le cumul de toutes les formes de richesse, que celle-ci soit économique, culturelle, sociale ou symbolique.

Francois : Est-ce que les liens entre les détenteurs de capital financier et l’Etat concernent seulement les ministres et leur cabinets ou bien est-ce que des organismes comme la Cour des comptes ou l’inspection des finances entretiennent également des liens étroits avec les grandes fortunes ?

Michel Pinçon : Il y a des liens entre toutes les élites sociales. Ce qui établit des ponts, des passages entre les affaires, la politique, le show-biz, les arts et les lettres, les médias. Les membres des organismes de contrôle comme la Cour des comptes, les hauts fonctionnaires, souvent inspecteurs des finances, ne peuvent pas ne pas être en contact directement ou indirectement avec les grands patrons, les banquiers.

C’est pourquoi nous parlons, dans notre livre, d’une oligarchie qui est à la tête de l’Etat, et aussi de l’économie, et qui forme une seule classe.

TheArtofYello : La composition du Parti socialiste fait-elle de lui une alternative éloignée du risque de collusion ?

Monique Pinçon-Charlot : Les socialistes sont divers. Au sein du Parti socialiste, il y a des oligarques de gauche, comme Dominique Strauss-Kahn, dont les réseaux et les valeurs ne sont pas si éloignés que cela de ceux de Nicolas Sarkozy. Et c’est d’ailleurs, selon nous, le risque pour l’élection de 2012 que de voir un oligarque de gauche remplacer un oligarque de droite, ayant pour valeur principale le néolibéralisme, le capitalisme dans sa phase financiarisée et mondialisée, au service d’une seule classe : celle qui a accès, précisément, à la planète finance.

« Les valeurs de Dominique Strauss-Kahn ne sont pas éloignées de celles de Nicolas Sarkozy » – LeMonde.fr.

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« Le PS n’est pas à l’abri de collusions avec l’aristocratie »
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