[Observatoire des dictatures] Thaïlande : mon paradis est devenu une usine à touristes après le tsunami | Rue89

J’ai découvert cette île en 2004 et j’y ai passé de très belles journées. J’aimais bien sa configuration. Le côté port, ces restaurants, ces bars en petit nombre dont il était facile de s’échapper, la traversée rapide par un chemin sablonneux zigzaguant au milieu des arbres m’emmenant rapidement de l’autre côté de l’île.

Le jardin d’une famille thaïlandaise accueillait quelques bungalows dont le prix n’entamait pas mon budget, surfant toujours sur la vague de mon porte monnaie troué.

La plage à l’opposé de l’ile hébergeait quelques restaurants locaux où il faisait bon respirer l’odeur du poisson grillé, mêlé à la douceur du parfum de l’eau de mer apporté par la brise du soir murmurant le chant des vagues.

Calme et douceur de vivre, ce qui a dû être depuis des siècles la devise des habitants de cette ile qui s’éveille au tourisme, mais qui n’en a pas encore complètement subit les affres.

Certes, les poissons ont commencé à déserter les lieux, remplacés par les « long tail boat », ces bateaux allongés si chers à nous touristes, nous faisant découvrir ce milieu marin si riche, mais qui était déjà mis à mal à cette époque-là.

De retour après le tsunami de 2004, je ne reconnais plus rien

De retour en France après un long voyage, je suis devant ma télé le 26 décembre 2004 et les premières images que j’y vois sont celles de Koh Phi Phi anéantie par cette vague monstrueuse. Ma pensée vole vers cette ile à la recherche des visages souriants et heureux de ces thaïlandais si généreux quand il s’agit de nous offrir un sourire.

Combien ont perdu la vie devant la nature déchaînée ? Cette question me hantera longtemps. De passage dans la région, je décide de retourner à Koh Phi Phi pour voir comment l’île a été reconstruite. Arrivé au port. Je suis le flot de touristes qui me parait relativement nombreux pour cette période de l’année (fin octobre 2010).

Je voulais retrouver l’endroit ou j’étais resté en espérant revoir des visages connus. Je me pers rapidement dans les rues surchargées de boutiques. Je ne reconnais absolument rien ! Ou est passé mon chemin sablonneux m’emmenant de l’autre cote de l’île ?

Plein écran

4/7 – Choses vues à Koh Phi Phi (4/7)

Je ne vois que des routes pavées encombrées de toute sorte de boutiques hideuses, salons de massages, bars et autre restaurants proposant de la cuisine locale : pizza, tapas, hamburgers et autres spécialités thaïlandaises.

« Resorts » et « guest houses » dans le bruit des scies circulaires

Après m’être perdu dans ce dédale de rue, me repérant grâce à cette belle montagne se perdant dans la mer, je retrouve enfin « quelque chose » qui pourrait ressembler à l’endroit où j’étais. C’est bien ça, mais c’est devenu un « resort » tout clinquant avec piscine et peut être une salle de gym et des chambres avec des prix à 4 chiffres.

Je continue mon chemin dans l’espoir (s’amenuisant) de trouver un petit bungalow en bambou ou le calme et la sérénité se marieront avec cette construction faite de manière naturelle.

Je déchante vite et ne trouve que de vulgaires guest house, certes neuves pour certaines mais hideuses à mon goût, leur laideur n’ayant d’égale que celle des box que l’on construit en face pour y installer de nouvelles boutiques, dans le bruit incessant des scies circulaires ou autre engins du diable, ce qui n’invite pas à s’installer par ici.

Le challenge, je m’en rendrais vite compte, est de trouver un endroit calme et pas cher. Mes investigations ne m’ont pas mené à la rencontre de ce qui aurait pu adoucir un peu le spectacle qui s’étale sous mes yeux. Cette île si belle est devenue une vaste poubelle ou les sacs plastiques sont à la fête.

Une station d’épuration biologique répand son odeur fétide, tentant de nettoyer les cadeaux laissés par nous autres touristes.

Sur l’île, des adeptes du culturisme en marcel

Garçons et fille envahissent les rues, distribuant des prospectus invitant à participer à la « fête » qui aura lieu dans tel ou tel bar. Il semble que certains soient sur l’île depuis longtemps, un an par exemple pour cette jeune fille qui, en contrepartie de cette pollution visuelle et de celle dénaturant l’environnement, est logée et nourrie.

Triste perspective de vie de n’avoir que cela comme objectif. Le spectacle est parfois amusant pour moi de voir ces garçons adeptes du culturisme déambuler torse nu ou en marcel. Impossible lorsque nous étions ados de porter un marcel, il était un symbole du travail manuel, loin de peupler nos rêves d’adolescents…

Il est devenu l’outil principal de ce culte du corps cher à bon nombre de ces garçons déambulant dans les rues une bière à la main ou un « bucket » rempli de whiskies et de coca. Les filles ne sont pas en reste.

Le spectacle de ce Disneyland ayant gangréné cette île magnifique et pollué ces habitants me hante la journée entière.

Je n’ai qu’une idée : partir. Le soir je vais sur cette plage qui était si belle dans mes souvenirs à la recherche des odeurs de poissons grillés. Je ne trouve que l’odeur des lampes à pétroles invitant ce brave monde à s’asseoir déguster une de leur boisson favorite et écouter une musique si forte qu’il me faut parfois me boucher les oreilles en passant devant les haut-parleurs crachant une « musique » rythme par de régulier « boum boum boum ».

Misère. Je vais un peu plus loin, et le poisson grillé se transformera en filet vite décongelé. Les « boum boum boum » noirciront mes rêves d’une île qui fut, avant notre venue, paradisiaque. Départ le lendemain matin, où je n’assisterai pas à l’affligeant spectacle des ces touristes, les cheveux encore collés par le gel, les traits encore marqués par l’alcool, déambulant dans les rues à la recherche d’un café salvateur.

La tristesse d’un Thaïlandais qui a vu son île se transformer

Direction Koh Lanta ou j’y trouve un peu de calme, seule la nuit dernière ayant été polluée à une heures et trois heures du matin par les éclats de voix de buveurs de bière peu respectueux du sommeil du juste.

Je discute avec un Thaïlandais ayant vécu à Koh Phi Phi et étant venu depuis quelques années ici pour échapper à cette chiant lie.

Il me parle avec de la tristesse dans les yeux de cette période ou, tous les jours, il allait se baigner au milieu de très nombreux poissons juste au bord de la plage, avant que le tourisme de masse ne les invitent à découvrir des lieux plus sereins ou les fasse simplement disparaître.

Je ne peux que souscrire à son propos lorsqu’il me dit que sa chère île a de nouveaux vécu un tsunami, tout aussi pernicieux celui là et il faudra bien plus longtemps pour s’en remettre même si je sais bien que cet endroit, comme d’autres, ne s’en remettra jamais.

Thaïlande : mon paradis est devenu une usine à touristes après le tsunami | Rue89.

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