[Mondialisation – Economie] Dix ans après la crise, l’Argentine est un autre pays

En décembre 2001, l’Argentine était un pays à la dérive. L’économie était paralysée, les faillites se multipliaient et près de la moitié de la population tombait sous le seuil de pauvreté. Dix ans après, le pays affiche une croissance record, les Argentins consomment à tout va et le chômage est proche de son plus bas historique. La réorientation de la politique économique et la restauration de l’autorité de l’Etat sont pour beaucoup dans ce formidable redressement.

De notre correspondant à Buenos Aires

Le 20 décembre 2001, Fernando De la Rúa quitte la Casa Rosada, le palais présidentiel, en hélicoptère, après avoir signé sa lettre de démission. Il laisse derrière lui un pays en ruines et trente-huit morts. Beaucoup d’entre eux ont été tués place de Mai, devant les fenêtres de la Rosada, où la police a tiré sur les manifestants.

Les 19 et 20 décembre, des dizaines de milliers d’Argentins étaient descendus dans la rue pour protester contre la crise et le « corralito », le blocage des comptes bancaires décidé quelques semaines plus tôt par un gouvernement aux abois.

Etranglé par la dette, par les plans d’austérité imposés par le FMI et par la parité fixe qui lie le peso au dollar, le pays est en récession depuis 1998. Mais la descente aux enfers n’est pas terminée. Alors que les présidents intérimaires se succèdent, la cessation de paiements est déclarée le 23 de ce mois de décembre 2001, suivie quelques jours plus tard par une brutale dévaluation. A la dérive, l’Argentine s’enfonce dans le chaos et l’anarchie. L’économie est paralysée, les faillites se multiplient, le chômage atteint 25% et la moitié de la population tombe sous le seuil de pauvreté. On parle de crise terminale.

Dix ans après, tout a changé. Comme en témoigne Sebastián, revenu il y a quelques jours place de Mai pour fêter le début du second mandat de Cristina Fernández de Kirchner : « Sur cette place, il y a dix ans, le pays était en feu. J’étais ici, avec mes amis, et je lançais des pierres pour qu’un gouvernement d’incapables s’en aille. Dix ans après, je suis de nouveau ici, avec ma fille de cinq ans et mon fils de trois, pour fêter un gouvernement dont je me sens proche, qui comble mes aspirations et a changé positivement la vie des Argentins ».

En décembre 2001, Sebastián était désespéré. Aujourd’hui, il ne se fait pas de souci pour l’avenir. Il est vrai que depuis 2003, la croissance est de 8% par an et que, même si la pauvreté touche encore 20% de la population, le taux de chômage, à 7%, est l’un des plus bas de l’histoire du pays. Les salaires ont augmenté, les profits des entreprises, aussi, et les Argentins consomment à tout va.

Quand l’Argentine a tourné le dos au FMI

Comment expliquer un tel redressement ? L’Argentine est repartie dès la mi-2002, quand le président Eduardo Duhalde a décidé, avec son ministre de l’Economie Roberto Lavagna, de tourner le dos au Fonds monétaire international, qui réclamait plus d’austérité pour payer la dette. Le gouvernement a donné la priorité à la lutte contre la pauvreté, en destinant des budgets importants aux prestations sociales, et à la remise en ordre de l’économie réelle.

La demande a repris et les entreprises, plus compétitives du fait de la dévaluation, ont pu y répondre. La machine a recommencé à tourner. Elu en 2003, Néstor Kirchner a poursuivi et approfondi cette politique. Il rompt avec le FMI et impose aux créanciers de la dette une décote de plus de 50% sur la dette, estimant que l’Argentine ne pouvait payer plus. Avec des finances publiques assainies et des rentrées fiscales en hausse, Néstor Kirchner multiplie les investissements publics dans les infrastructures, l’éducation et les programmes sociaux.

Avec lui, et avec son épouse Cristina Fernández de Kirchner, qui lui succède en 2007, l’autorité et le rôle de l’Etat sont restaurés. L’économie tournant à plein régime, la présidente améliore les retraites et généralise les allocations familiales, tandis que les conventions collectives augmentent les salaires d’année en année d’un pourcentage supérieur à celui de l’inflation. La principale explication de la réélection triomphale de Cristina Fernández de Kirchner, il ya deux mois, est là.

Les Argentins n’ont pas baissé les bras

Si la réorientation de la politique économique, désormais axée sur le social et le marché intérieur a joué un rôle essentiel dans ce spectaculaire redressement, beaucoup d’Argentins y ont contribué en refusant de baisser les bras quand il ne semblait y avoir d’autre horizon que la crise. Comme Roberto, patron d’une PME de l’industrie chimique qui avait fait faillite en 2001 : « Je suis allé voir mes fournisseurs et je leur ai dit : ‘ Nous sommes sur le même bateau. Si vous me faites crédit, je rembourserai ma dette, par tranches de 10% avec chaque nouvelle commande ‘. Et on est reparti. J’ai pris aussi une décision déterminante : j’ai cessé de produire pour toute l’industrie. J’ai choisi une niche de marché en travaillant pour les laiteries. Ce sont des petites, mais très nombreuses unités et qui font beaucoup de volume, ce qui m’a permis aussi de répartir les risques. Quant au personnel qui est resté, il a accepté une baisse des salaires de 30%. Je leur ai dit : ‘ Quand le tsunami sera passé, vous retrouverez vos salaires et on essaiera de les améliorer par la suite ‘. Et j’ai tenu parole ».

Aujourd’hui, Roberto est un entrepreneur heureux, qui se permet même d’exporter ses produits dans les pays voisins et en Espagne. Comme Sebastián, il a confiance en l’avenir : « Si cette politique d’Etat est maintenue, quels que soient les dirigeants, et je crois qu’il en sera ainsi, l’Argentine continuera d’aller de l’avant ».

Il y a encore beaucoup à faire. Mais que l’Argentine a changé, cela ne fait pas de doute. Il y a dix ans, les Argentins voulaient partir à l’étranger. Aujourd’hui, beaucoup de ceux qui sont partis reviennent. Et, d’après les sondages, ce serait le peuple le plus optimiste d’Amérique latine.

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2 commentaires pour [Mondialisation – Economie] Dix ans après la crise, l’Argentine est un autre pays

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  2. Votre propos n’est guère honnête, car en vérité le chaos n’est pas résulté en Argentine de la dévaluation – celle-ci l’en a au contraire sortie – mais tout au contraire de l’obstination dogmatique à maintenir un taux de change irréaliste. En cas de problèmes économiques, les politiques d’étalon fixe, or ou dollar, sont catastrophiques, car elles créent de la rigidité là où un ajustement rapide s’impose. Elles l’étaient en 1929 et dans les années 30 (en gros les pays ayant mis le plus de temps à abandonner l’étalon-or sont ceux qui ont le plus morflé), elles l’ont été pour l’Argentine, et elles le sont actuellement pour la zone euro, où entre la surévaluation de la monnaie et la politique déflationniste de l’Allemagne ces dix dernières années, source de différentiels de compétitivité intenables, nous nous enfonçons chaque jour plus avant dans la crise. Car lorsque votre monnaie est manifestement surévaluée, la seule alternative à la dévaluation, c’est la déflation, et ça marche à peu près aussi bien que la saignée pour soigner un anémique : là où la dévaluation réajuste instantanément les prix à une valeur d’équilibre vis-à-vis de l’extérieur sans changer les prix relatifs à l’intérieur du pays, la politique de déflation est lente, douloureuse, récessive (parce que par exemple, si vous êtes salarié, ce n’est pas parce que votre salaire est diminué que votre loyer ou le prix de la baguette diminuent d’autant), et au final le remède est pire que le mal. La Grèce a sans doute par ailleurs de gros problèmes d’archaïsme économique (corruption et autres) et de manque de civisme fiscal, tout comme la France a un problème d’addiction au déficit public, mais ignorer comme nos gouvernants persistent à le faire la surévaluation de l’euro et le mercantilisme allemand (exporter massivement en mettant ses citoyens à la diète, fustiger les déficits des autres en défendant bec et ongle ses propres excédents) sera mortel, malheureusement, pour l’euro et pour l’Europe.

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