[Economie sociale] « Les Scop ont un taux de survie supérieur aux entreprises classiques »

 


Patrick Lenancker estime que d’ici 2020, des milliers d’entreprises saines et profitables risquent de disparaître, faute de repreneurs. Pour encourager les salariés à se lancer dans le modèle coopératif, il préconise de créer des prêts bonifiés et un système de cautionnement.

Patrick Lenancker estime que d’ici 2020, des milliers d’entreprises saines et profitables risquent de disparaître, faute de repreneurs. Pour encourager les salariés à se lancer dans le modèle coopératif, il préconise de créer des prêts bonifiés et un système de cautionnement. | (LP/YANN FOREIX.)

 

Les Nations unies qui proclament 2012 Année internationale des coopératives, les Scic (coopératives d’intérêt collectif) qui fêtent leur 10e anniversaire en février, la tentative avortée de sauvetage de la compagnie SeaFrance grâce à une Scop (société coopérative et participative)…. Présent dans tous les secteurs d’activité (, industrie, commerce, services), le mouvement coopératif fait beaucoup parler de lui.

de la Confédération des Scop, Patrick Lenancker estime que ces sociétés (près de 2000 entreprises pour 39000 salariés) sont encore appelées à se développer.

Pourquoi le mouvement coopératif fait-il aujourd’hui davantage parler de lui ?
Parce que la est passée par là avec son discours sur les entreprises, notamment les grandes, cotées en Bourse, où il n’est question que d’argent et de profits. Or, si avoir un travail et le conserver est aujourd’hui la priorité des citoyens, la qualité de cet emploi, la possibilité de s’y épanouir, le fait de savoir à quoi il sert, sont également devenus une réelle préoccupation. Le mouvement coopératif, avec le mode de gouvernance des Scop et des Scic, apporte une réponse à ces préoccupations. Les coopératives ne sont pas là pour gagner le plus d’argent possible, mais pour en gagner le plus longtemps possible. Ça fait la différence!

Quelle différence plus précisément ?
D’abord, dans une société coopérative, les salariés détiennent la majorité du capital de leur entreprise. Ensuite, les décisions sont prises selon le principe démocratique d’une personne égale une voix. Les salariés peuvent ainsi prendre leur destin en main. Enfin, la répartition des bénéfices est beaucoup plus intéressante que dans une entreprise classique. Si une part des profits, 16% au minimum mais bien plus dans la pratique, est affectée aux réserves pour l’investissement et le développement ou en cas de coup dur, 40 à 45% en sont redistribués aux salariés sous forme de participation, le reste constituant les dividendes versés aux salariés-associés. Tout le monde a ainsi le sentiment de récolter le fruit de son travail. Deux mois d’intéressement et de participation, ça motive!

Ces entreprises sont-elles plus performantes ?
Plus de 85% des Scop sont bénéficiaires. Certaines se développent même à l’international sans délocaliser les emplois. Autre différence avec les entreprises classiques : le taux de survie après cinq ans d’existence : il est de 57%, contre 52%. Cela prouve que le salarié peut s’aguerrir à la gestion d’entreprise.

Sont-elles moins touchées par la crise ?
Elles ne sont bien sûr pas infaillibles. En 2008, elles ont été, elles aussi, durement touchées. Certaines ont perdu 40% de leur chiffre d’affaires, mais arrivent à s’en sortir avec des mesures particulières. Par exemple, les salariés des Fonderies de la Bruche, en Alsace, ont accepté de baisser leurs salaires plutôt que de licencier. Mais ce type de décision est mieux accepté quand on sait à quoi cela servira. Ça n’a pas toujours été le cas dans d’autres entreprises ces dernières années…

Y a-t-il des conditions particulières à la réussite d’une Scop ?
Non. Les règles de base ne diffèrent pas vraiment de celles applicables aux autres sociétés. Il faut qu’il y ait un marché pour le produit ou le service proposés. Il faut aussi que la société s’adapte à son marché. Il nous arrive, à la Confédération, de déconseiller des initiatives lorsque les conditions de viabilité d’un projet ne sont pas réunies sur le long terme. Le nombre de Scop importe peu, ce qui compte, c’est d’avoir des sociétés viables pour pérenniser les emplois.

Le projet de reprise de SeaFrance sous forme de Scop a échoué. Pourquoi ?
Nous avons eu peu de contacts sur ce dossier et nous n’avons pas eu le business plan. Si on ne peut pas reprocher aux salariés de vouloir maintenir les emplois, on ne peut toutefois jamais garantir ces derniers. Il convient de rester prudent quand des salariés investissent leurs indemnités dans un projet et engagent leur avenir.

Le mouvement coopératif va-t-il prendre de l’ampleur ?
D’ici 2020, des milliers d’entreprises saines et profitables risquent de disparaître faute de repreneurs. Pour éviter ça, il faut faciliter et encourager les initiatives. En créant par exemple des prêts bonifiés et un système de cautionnement pour les salariés qui s’engagent dans un projet. C’est ce que je réclame depuis 2007. Comme le taux de défaillance des coopératives est moindre, cela ne coûterait pas cher. Les dividendes serviraient à payer les intérêts. Il y a aussi un fort potentiel de développement des Scic, notamment dans les secteurs d’activités de l’écotourisme, des maisons de retraite, des cantines, des crèches, des services à la personne.

« Les Scop ont un taux de survie supérieur aux entreprises classiques ».

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